Samedi 17 mars 2012 6 17 /03 /Mars /2012 15:20

 

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Magazine Psychoboumbo

Equipe rédactionnelle


Les statistiques m’ont sauvé la mise. Ce fut une sorte de passage à tabac heureux. Je me suis brusquement passionnée pour cette science de collectionneur, à tel point que je pourrais prétendre à un diplôme de statisticienne autodidacte si je me souciais du prestige. J’ai pu disposer, grâce aux magazines tels que le votre, de moyens d’auto représentation particulièrement sophistiqués, et à titre presque gratuit. A l’appui de mes données statistiques personnelles, je pourrais faire le portrait robot d’un moi parallèle qui combinerait mes caractéristiques physiques et psycho-morphologiques. Ce portrait ressemblerait certainement à un enfant que j’aurais conçu toute seule, ou encore à moi-même si je m’étais auto-engendrée. Concernant mes profils psychologique et sociologique (l’un découlant de l’autre et inversement), j’ai pu recouper un ensemble cohérent d’informations me concernant, grâce à ces articles quotidiens qui sont de petits bijoux de précision polis à l’acide.

 

Moi qui circulais impunément au-delà des moyennes, je ne représente plus un danger pour la société : je prends sur moi les valeurs et les échelles, je participe énergiquement aux recensements, je suis un réceptacle épanoui. Rien ne m’a jamais rendue aussi heureuse qu’une compilation théorique de mon individu.

 

Et pour rien au monde je ne voudrais me retrouver dans la situation démentielle d’un individu atypique dont l’unique ressource stable est de faire partie de l’espèce humaine. Une telle situation me ferait paniquer, je me sentirais simplement les deux pieds dans le vide et ma démarche ne serait que sautillements et sursauts pour éviter de m’engouffrer. Les statistiques m’ont définitivement solidifié les os du crâne.

 

Il est de notoriété publique qu’une tête bien faite vaut mieux que deux « tu l’auras ».

 

Christiane Foron-Acilme

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Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 18:03

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Dr Faquin-Alcimbe

Clinique psychiatrique de Four-Auffret

Dr Fake-Arrest

Centre de santé mentale Fer-Atagant

 

Christian,


La relation singulière que M. Fadon-Alèse entretient avec les « normes » confirme la nécessité d’une prise en charge complète à la clinique.


Le patient voue une admiration inconditionnelle pour ce qui est relatif aux normes du comportement social et professionnel. Il est remarquable de constater que les tendances énoncées par Dejours concernant la personnalité d'Eichmann sont réunies chez notre patient : l'obéissance, la dépendance vis-à-vis des directives et l'absence d'esprit critique. C’est donc au milieu professionnel -à la culture d’entreprise- ainsi qu’aux institutions que M. Fadon-Alèse est le plus adapté, mais loin d’être actif dans l’exclusion, il semble plutôt hermétique à l’existence de certains milieux.


La création artistique, littéraire, cinématographique et plus globalement l’humour, la parole et le geste déroutant, ainsi que toute autre expression de singularité ou d’exception lui échappent comme le satellite UARS de la Nasa a récemment échappé à la vigilance scientifique. Au moyen d’une subtile négociation avec lui-même, M. Fadon-Alèse réussit à contourner toute menace de singularisation. Les contradictions avec lesquelles chacun doit composer sont ainsi miraculeusement écartées de son champ d’action, et le patient décline glorieusement tout projet subjectif. M. Fadon-Alèse agit pour la collectivité. Il se perçoit comme le maillon fort d’une chaîne robuste et indéfectible.


Dominé par un contrat social omnipotent, avide d’adaptation, M. Fadon-Alèse satisfait copieusement sa direction et inquiète ses collaborateurs. Il se comporte comme un produit conforme, assorti à la cravate de son supérieur hiérarchique. L’empathie ne le concerne pas, les sentiments qu’il s’autorise à éprouver relèvent du domaine de la soumission : dépendance, abnégation, docilité. En séance, il célèbre les bienfaits du régime capitaliste avec une ardeur proche du fanatisme. C’est également avec une impressionnante faculté d’abstraction qu’il parvient à détourner toute question d’ordre personnelle en « universalisant » ses propos.


Là où plusieurs professionnels de santé considèrent que la situation de M. Fadon-Alèse est irréversible, nous affirmons le pouvoir de la plasticité neuronale et souhaitons soumettre le patient à des expériences de personnalisation. L’objectif étant que M. Fadon-Alèse soit habité par des pulsions non réprimées, des mœurs laxistes et des « visions » d’artiste. Comme si l’autre côté du miroir s’imposait brutalement à lui.


Les techniques subliminales combinées à l’hypnose sont actuellement les plus appropriées. L’efficacité du traitement dépend d’une complète prise en charge du patient, sans interaction avec le milieu socio-professionnel dont il est le laquais.

 

Amicalement,

Carles

 

 

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Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 14:41


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Dr Fiero-Annucci

Spécialiste des maladies somatiques

Attaché à la clinique Fine-Ache

 

Dr Femur-alter

Pathologies du travail

Thérapies corporelles

 

Cher collègue,

 

Le patient que nous évoquions cet après-midi s’est présenté dans mon cabinet après examen médical. Des blessures locales répétées ont été observées sur l’abdomen et le dos, au nombre de trois, vraisemblablement effectuées par des armes rudimentaires à l’extrémité pointue assemblées en un appareil. M. Fayenne-Acquard semble avoir été pressé par des étaux. Il ne peut s’agir de mutilations auto-infligées, excepté l’hypothèse d’une main auxiliaire, tiers complice du patient.

 

M. Fayenne-Acquard est suivi depuis cinq ans par le Dr Faon-Anon, qui me l’a adressé à la suite d’épisodes eczémateux. D’après les rapports de mon collègue, le patient développe des idées fixes autour du travail et de ses implications. Le milieu du travail constitue le carburant des somatisations du patient. Bien que parfaitement lucide, M. Fayenne-Acquard confond régulièrement les mots « travail » et « guerre » lorsqu’il formule une phrase. C’est ainsi qu’il se voit considéré comme un déserteur du marché de l’emploi par ses détracteurs (le pôle emploi principalement), qui feraient de lui un individu persécuté s’il n’avait pas développé cet ingénieux système de défense et d’expression qui fait l’objet de ma lettre.

 

L’association travail-guerre et sa « désertion » par le patient est source de manifestations psychosomatiques qui pourraient également comporter les marques physiques observées en examen médical. Stigmates du salarié, blessures de guerre (qui ne sont pas sans rappeler les mutilations volontaires des soldats de l’armée française durant la guerre de 14-18).

 

D’autre part, le patient décrit un rétrécissement de son champ visuel correspondant à une hémianopsie bitemporale (sans causes organiques décelables), exactement comme s’il portait des œillères.

 

Les maux dont souffre le patient amorcent une réflexion autour de l’origine du mot « travail », du latin « tripalium », machine à trois pieux destinée à immobiliser les chevaux pour les ferrer. Un « instrument de torture » en quelques sortes, un marche-droit. Marques d’immobilisation, de maintien en position, les blessures observées apparaissent cohérentes dans le système de valeurs du patient.

 

Je suis ouvert à toute proposition de votre part concernant la démarche thérapeutique à adopter ; j’aimerais cependant formuler une suggestion : la mise en scène des supports invisibles qui persécutent le patient pourrait constituer une première étape vers l’autonomisation. Si l’instrument « tripalium » est matérialisé, la représentation physique abolit la sphère symbolique. Le patient ainsi confronté à l’image réelle de son tripalium pourrait bien renoncer, consécutivement, à l’expression somatique. Une part des budgets de la clinique est consacrée au renouvellement de l’ameublement. Nous pourrions faire appel à un ébéniste pour la conception du tripalium de M. Fayenne-Acquard. L’objet serait exposé de façon permanente dans la salle des fêtes de la clinique.

 

En attente de votre réponse,

Cordialement,

Dr Fiero-Annucci

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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 19:04

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Dr Fournier-Alcôve

Psychiatre, psychothérapeute

Enseignant chercheur à l’Université Fourrière

 

 

Dr Fave-Amilo

Ancien Chef de Clinique de la Faculté

Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique

 

 

Cher collègue,

 

Je reçois Mme Flous-Apaloosa en thérapie cognitive depuis moins de trois semaines. Etant donné ses antécédents thérapeutiques très marqués, mon pronostic est réservé quant à l’affection dont ma patiente est atteinte. En effet, si le dispositif thérapeutique préserve le noyau d’intégrité indispensable à la survie psychique de la patiente, il ne semble pas complètement adapté à cette pathologie.

 

Mme Flous-Apaloosa souffre d’aschématie, un déficit de la représentation qui conduit à une annihilation de la perception de certaines parties du corps. Ma patiente ne se représente pas les traits de son visage, qui lui apparaît comme une zone floue, un terrain vague, elle est ainsi régulièrement dominée par un état de dépersonnalisation. Elle compare cette expérience catastrophique à un tyran qui lui « fait la peau ».

 

Nous disposons actuellement de moyens qu’il serait préjudiciable de négliger, tant pour le bien-être des patients que pour l’avancée de la recherche en psychopathologie et en sciences cognitives. Je fais partie de ces chercheurs praticiens qui ne négligent aucune des ressources inhérentes aux différentes disciplines, et je souhaite que votre protocole soit suffisamment souple pour répondre à ma requête. Je n’en doute aucunement, vous sachant audacieux dans votre pratique.

 

Je préconise pour ma patiente, avec son accord, une intervention faciale avec amplification du nez, de la bouche, du front et des joues. En augmentant par deux le volume initial des traits de son visage, nous escomptons que la sensation de surcharge induise une modification de la perception. L’excédent facial, en terme de poids et de volume, pourrait ainsi lever, au moins partiellement, l’amnésie perceptive de Mme Flous-Apaloosa. D’autre part, les réactions extérieures face à ce visage amplifié participeraient au processus qui permettra à la patiente de s’envisager de nouveau. Bien entendu, le fond qui conditionne ma patiente n’est pas l’objet direct de la mesure envisagée, mais si la forme est traitée, il s’ensuivra un réagencement du fond et de la forme, c’est pourquoi notre opération rencontre toutes les chances de succès en termes cognitifs.

 

Cher collègue, je suis à votre disposition pour une prochaine entrevue, dans la perspective d’un travail en binôme.

 

Amicalement,

Dr Fournier-Alcôve

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Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 18:20

 

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A l’attention du Dr Fournier-Alcôve

 

Docteur,

 

Lors de notre dernière séance, j’ai omis quelques réflexions qui pourraient se révéler cruciales au fil du temps. Permettez-moi de vous en faire part à travers ce courrier, cela rétablirait un certain ordre des choses.

 

Ma première évocation concerne le visage. Il y en a un dont je n'arrive pas à saisir les traits, c'est le mien. Lorsque j'essaye de me visualiser, je me transforme sans interruption, aucune apparence ne résiste au gondolement, aucune image fixe ne vient me rassurer. Ce constat me laisse dans une grande solitude.

 

Je devrais vous expliquer dans quel contexte je vous écris. Mon appartement d’abord. Il déborde de trouvailles précieusement accumulées depuis une dizaine d’années. J’ai devant les yeux un étrange singe à trois visages, version synthétique des singes de la sagesse, dont les parties sont brouillées par une usure artificielle (vraisemblablement réalisée par une équipe d’amateurs). C'est à partir de ce singe que j'ai collectionné des avatars de jouets, petits accidents de fabrication, aberrations bimbelottes. J’en brûle un certain quota pour ne pas être envahie à la diable. Je conserve des boîtes de cendres de ces jouets pour honorer la somme d'idées et de créations avortées dans le monde et à travers les époques. Certaines de ces pertes sont directement issues de la distinction de genres. Dans l'histoire de la création, il s'est produit exactement l'inverse de l'insémination de la femme par l'homme. Je veux dire : des idées de femmes ont germé dans des milliers de cerveaux d'hommes et grandit à travers eux. Si aucun cerveau d'homme ne se trouvait à la disposition d'une idée de femme, ou si la femme ne voulait pas laisser incuber son idée dans un autre cerveau que le sien, alors l'idée était désertée. Les boîtes de cendres, c'est pour les créations et les idées qui ont presque existé.

 

Mais je ne suis pas féministe. La question du genre m'échappe, je la mets à mort avant qu'elle se forme dans mon esprit. Je suis sensible à la matière qui nous compose et aux idées qui nous traversent sans parvenir à assurer leur intégrité. Et aux idées soumises faute de mieux, naissant dans un contexte d’absence d’idées : de vaillantes  idées conformes avec un potentiel subversif léger comme une île flottante.

 

Le triple singe devrait vous inspirer des pensées de vaste lignée analytique. D’ailleurs, une simple description suffit -comme certaines oeuvres pourraient se dispenser d’incarnation. Sa caractéristique essentielle étant ses trois visages sans traits, j’ose à peine imaginer les anticipations qui viendront alimenter ma cure...

 

Avoir un visage parce qu'il le faut. Cette phrase adhère à ma mémoire comme de la poisse. Dans ma mémoire, il y a autant d'objets contendants que de visages sans contenus. Des clous, des épines, du verre brisé, toute une expressivité aiguisée qui tranche dans les visages.

 

Je n'ai plus vraiment de force. Les idées, les créations, les visages m’échappent. J’ai l’exigence d’une passoire.

 

Je souhaiterais que cette lettre soit une introduction à la prochaine séance.

 

Cathel Flous-Apaloosa

 

 

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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 17:26

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Dr Fanion-Allège

Psychiatre

Psychoses et décompensations maniaques

Clinique Fayon-Alcère

 

Dr Fabien Arcom

Professeur émérite à l’Université Fillons-Alest

Responsable du projet « Université clinique »

 

 

Cher collègue,

 

Nous mettons tout en œuvre pour éviter une récidive de M. Cyril Flambé-Ardent, en informant l’ensemble du personnel de la clinique des mesures particulières qui lui sont dorénavant appliquées.

 

M. Flambé-Ardent place régulièrement la tête dans le four de l’atelier d’art thérapie lorsqu’une cuisson est en cours. Ce qui constituait un événement isolé devient récurrent et problématique pour l’ensemble des patients ainsi entraînés dans un état de grande agitation. En outre, nous avons eu recours (trois fois le mois dernier) aux services d’urgence de l’hôpital Framboise-Arée, le patient s’étant volontairement brûlé au second degré à la main puis sur la tempe, à l’aide d’un fer à souder.

 

Le patient s’expose excessivement au soleil, dans l’espoir, et parfois pour la réussite, d’une brûlure par rayonnement ultraviolet (brûlure qu’il nomme sa « petite favorite » et qu’il entoure d’un tracé de feutre rouge, narguant ainsi l’équipe soignante qu’il qualifie sarcastiquement d'« équipe de spectateurs »). Heureusement, l’été prend fin.

 

Son contact « volcanique » avec les objets contraint l’équipe soignante à vérifier chaque détail de son environnement. Sachant utiliser à ses fins toutes les ressources de l’atelier d’art thérapie (brûlures par thermocollage, soudure, enfournement de poteries, ébouillantage), M. Flambé-Ardent n’y est plus admis depuis le mois dernier. Il a néanmoins su échapper à la vigilance des soignants et s’infiltrer dans l’atelier lors d’une cuisson de poteries, dans le but d’accéder de nouveau à la chaleur du four. Les mesures appliquées jusqu’alors paraissent donc insuffisantes ou inadéquates, mais nous y reviendrons. Une séance individuelle d’art thérapie est proposée au patient dans sa chambre, avec papier, crayons de couleurs et aquarelles comme uniques médiums et supports. Au cours de ces séances, le docteur Wayland et le patient jouent au squiggle. M. Flambé-Ardent transforme inlassablement chaque gribouillis en casserole bouillante, ciel caniculaire, personnage ou animal fiévreux, incendie non maîtrisé, volcan en irruption… L’objet transitionnel est toujours brûlant. Au terme de ces séances, l’esprit du patient est surchauffé, à l’inverse de l’effet escompté. Nous avons donc décidé de les interrompre.

 

Lorsqu’il était déclaré « artiste performer » à la Maison des artistes, l’alibi de M. Flambé-Ardent était avantageux, tant d’un point de vue transgressif que par la légitimité organisée autour de cette transgression. Des photographies de ses mises en scène de combustion spontanée sont consultables dans les registres de la clinique, n’hésitez pas à en faire la demande auprès de l’administration. Les activités artistiques antérieures à son internement sont toutes focalisées sur les thèmes que nous lui connaissons.

 

Nous préconisons à ce jour un traitement thermique par le froid, inspiré de celui des matériaux comme le métal, afin de neutraliser la résistance cuisante de M. Flambé-Ardent. La première phase du traitement consiste en un contrôle de la température de la chambre du patient, qui sera maintenue à 5°C en permanence afin d’éviter tout risque de surchauffe. Le refroidissement à l’azote constitue la seconde phase du traitement. Je vous propose d’en discuter à l’occasion de la prochaine réunion qui se tiendra le 15 septembre.

 

Amicalement,

Fanion-Allège

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Dimanche 17 avril 2011 7 17 /04 /Avr /2011 11:21

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                                                                                                                                                                                                 A mon attention

 

 

Je ne suis pas dupe de mon immersion dans le monde du travail : il s'agit d'une vaste parodie, d'un simulacre.

Je mime l'employé depuis maintenant trente-deux ans, et ma conquête est celle de la lucidité : je conçois parfaitement l'intenable lien de subordination induit par le principe même du travail, ce qui fait de moi un infiltré.

 

Dans le milieu professionnel que je fréquente, je me présente comme un personnage fiable, profondément chaleureux et dévoué aux valeurs de son entreprise. On pourrait même dire, de l'extérieur, que j'ai incorporé dès la naissance les modèles hiérarchiques de la société du Capital. Je suis donc particulièrement rassurant pour les tenants et les aboutissants du pouvoir économique.

 

Ma carrière a naturellement évolué sans que mon nom apparaisse sur aucune liste rouge. Je ne suis vraisemblablement pas l'homme à abattre. Et pourtant.

 

Pourtant, chaque jour depuis trente-deux ans, j'oscille entre un pénible sentiment de vacuité et un violent sentiment d'injustice. Mon être-au-monde n'a jamais acquis autant de sens que depuis que je contribue à la puissance du milieu de l'entreprise. Sous haute tension, ma pensée est constamment moblisée et ma lucidité étincelante. Je suis un travesti, un imposteur, un espion, et ce que j'apprends de l'ennemi n'est rapporté qu'à moi-même, dans le but de nourrir mon esprit analytique affamé.

 

Je suis à moi seul le camp adverse.

 

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Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 23:20

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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 12:13

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Pour recevoir l'article en PDF (qualité supérieure), merci d'écrire à : cabinetdefumisterieappliquee@gmail.com 

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Vendredi 14 janvier 2011 5 14 /01 /Jan /2011 09:10

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Memento-mori1

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Vendredi 7 janvier 2011 5 07 /01 /Jan /2011 09:49

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Dr Charles Foulon-Apocrite

Ancien interne des hôpitaux de Paris

Docteur en physiologie du sport

Coordinateur agréé du Plan Santé Entreprise 2011

Chevalier de l’Ordre National du Mérite

 

Dr Colin Fischer-Abraxas

Ancien interne des hôpitaux de Paris

Consultant endocrinologie et marketing

Attaché culturel de l’état du Texas, USA

 

Cher confrère,

 

Je vous confirme la bonne réception du pack « Activités sportives et saut qualitatif dans l’entreprise », fourni par le service ressources humaines de votre cabinet. Nous avons mis en place progressivement les améliorations suggérées par votre méthode, guidés en cela par un esprit avant-gardiste dans la restructuration de l’entreprise. Vous savez que notre musée régional souffre d’une réduction de budget et qu’à ce titre, nous devons mettre en place une stratégie adéquate pour maintenir la qualité de service dans les locaux. La première mesure fut de former le personnel composé de : un gardien, à effectuer les rondes de surveillance en marche rapide, ceci afin de couvrir plus efficacement les 1000 m2 d’exposition répartis sur 3 étages. Nous avons pu négocier avec toutes les garanties afférentes un contrat d’extension du poste, avec une demi-heure de cardio-training dès l’entrée en fonction. Nous n’avons pu malheureusement recueillir le témoignage de Monsieur X, gardien et par ailleurs docteur en sciences de l’art, sur ce nouveau protocole lors de la semaine-test mais sa détermination à conserver le poste et ses aptitudes physiques pour la randonnée et le saut en parachute semblent augurer de bons résultats. Pendant la session de debriefing, nous avons tenu compte des remarques du personnel quant aux inconvénients d’une marche à vive allure sur des sols parfaitement entretenus (par Monsieur X lui-même, d’ailleurs, voir rubrique ci-jointe « heures supplémentaires ») et conséquemment glissants. Comme la méthode le prévoyait, nous avons immédiatement recommandé le port de semelles crêpe de troisième génération qui facilitent grandement la tâche, pourvu que le service soit effectué à marche rapide en se propulsant très légèrement en hauteur. Nous avons fixé un barème afin de garantir le meilleur rapport longueur/hauteur de chaque itération pédestre, et bien que celui-ci n’ait pas stricto sensu de valeur légale, il permettra de donner des points de « sportivité » à notre gardien, convertibles en bons-achats à retirer au guichet du musée. Par ailleurs il exonère le musée de toute responsabilité en cas de non-respect du guide de bonne pratique pédestre sportive (GBPPS) remis au personnel par nos

soins. Enfin, le protocole simplifié de communication (dit audio-guide humain ou AGH) se met progressivement en place, le temps que Monsieur X « trouve ses marques » et puisse assimiler intégralement les 442 pages de commentaires illustrés des oeuvres du musée. Il va de soi que la partie interactive de l’AGH est réduite au strict minimum, tout débordement interactif risquant de mettre en péril la ronde de surveillance ordinaire à marche rapide et sautée. Nous vous tiendrons au courant des développements ultérieurs en fonction de la tolérance de Monsieur X.

 

Bien à vous

Dr Foulon-Apocrite

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Mercredi 5 janvier 2011 3 05 /01 /Jan /2011 21:58

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Dr Fondant-Amer

Professeur des Universités-Praticien Hospitalier

Neuropsychologie et pathologies neurovégétatives

 

Dr Fayard-Astic

Psychiatre spécialisé en psycho-oncologie

Professeur-chercheur à l’Université Chenil

 

 

Cher collègue,

 

               Je vous écris concernant la prise en charge thérapeutique d’un patient agé de 39 ans. M. Fachet-Amal s’est présenté dans mon service pour un examen neurologique suite à des vertiges recurrents et épisodes de dépersonnalisation décrits par sa compagne. L’examen a révélé une hypotonie cerebelleuse (dans le cas du patient, une exagération du ballant des bras) ainsi qu’une apraxie.


              Après IRM et électroencéphalogramme EEG, j’oriente mon diagnostic vers un somnambulisme comateux. Les pathologies détectées à la neuro ne sont pas associées à un syndrôme vestibulaire, mais bien à un coma stade 1, GCS évalué à 13. Dans ce cas, la neurochirurgie n’est pas indiquée. Les chances de guérison du patient dépendent sensiblement d’un traitement psychiatrique avec accompagnement thérapeutique. La réalite psychique de M. Fachet-Amal est actuellement deplacée sur un registre nocturne équivalent au cycle ultradien.


              Etant donné les conditions psychiques du patient avant symptômes* (estimés à 24 mois), le somnambulisme comateux s’apparente à un coma artificiel auto-déclenché. Nous savons que la mobilisation de défenses réactionnelles massives n’est pas rare, notamment en résistance à une série de contraintes menaçant l’intégrité psychique du patient.


              Une telle stratégie de fuite peut être dictée à l’organisme par un psychisme dont l’activité est asujettie à des protocoles violents (loi du marché, compétitivité, etc.). Il faut préciser que M. Fachet-Amal se rendait sur son lieu de travail chaque jour sans que personne ne soupçonne son état, accomplissant des tâches stressantes et répondant parfois à des sollicitations conviviales. L’activité onirique du patient est certainement ininterrompue depuis le déclenchement du s.c.

 

Dans la majorité des cas de somnambulisme, il est établi qu'une activité sexuelle satisfaisante apaise fortement les fonctions végétatives du cerveau et par conséquent diminue l'intensité des crises. Une combinaison électrochocs/pratique assidue de la sexualité avec des professionnelles expérimentées semble être une solution appropriée pour la première phase du traitement. Il se trouve qu'un établissement de qualité se situe à deux pâtés de maion de votre université. Je vous confie le dossier et attends une confirmation de diagnostic pour prise en charge, merci.

 

Cordialement,

Dr Fondant-Amer

 

 

*Voir extraits ci-joints du journal intime de M. Fachet-Amal. Le patient présente des troubles paranoïaques relatifs au milieu du travail, passant indifféremment de la confusion émotionnelle à l’état délirant. Il signe son journal du nom de « Stakhanov ».

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Mercredi 29 décembre 2010 3 29 /12 /Déc /2010 19:47

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Mercredi 29 décembre 2010 3 29 /12 /Déc /2010 19:40

Maman petit format

 

D'après un poème de Picsou magazine, 1987

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Mercredi 29 décembre 2010 3 29 /12 /Déc /2010 19:37

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En pensant à Francesco Finizio dans "Dialogues avec la grande distribution" (2001)

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